Triste nouvelle ce soir. Misty s'en est allée au paradis des chats, sans doute sur un gros nuage bien chaud et douillet, enroulée sur elle-même dans un discret ronronnement, comme à son habitude.
Misty, qui m'avait apprivoisé en 1995 était une toute petite chatte parisienne, toute mignonne et avec un sacré caractère. Avec elle, les choses étaient toujours très claires : elle était chez elle et nous étions ses locataires. Elle nous a fait pleurer de rire, elle nous a consolé, elle nous a griffé, elle nous a ignoré, elle nous a caliné, réveillé le matin avec sa langue rapeuse et son haleine de boulette, elle a usé les coussins, fait un site internet, et laissé son empreinte (avec quelques cicatrices) un peu partout dans le coeur de ceux qui l'ont connue.
A cause d'une enfance un peu compliquée avec ses précédents locataires, Misty n'était pas du genre à supporter qu'un enfant lui tire la queue, et nous nous étions séparés en 2001 avant la naissance de Claire. Une amie de ma mère avait alors prit le relais, et elle menait depuis une vie urbaine tranquille avec des week-end à la campagne. Elle chassait la souris et les petits oiseaux dans les bois, et revenait dormir sur le canapé. Un top.
Il y a un mois, une tumeur s'installait dans son ventre, qu'elle ne pouvait pas combattre. Il y a une semaine, tout doucement, elle ne mangeait plus. Puis elle s'est évanouie.
Quand je repense à elle, notre première rencontre refait surface en premier. Cet instant allait éclairer nos premières années. Elle avait été abandonnée un matin froid, grelottante derrière un étal de boucherie dans un marché parisien, avec la peur de la main, ce qui n'est jamais bon signe avec les animaux.
C'est sa petite frimousse curieuse qui fait surface en premier, quand je l'avais ramenée à la maison, avec ses grandes oreilles de souris et sa façon de me regarder dans les yeux, pensive et attentive. Elle se méfiait un peu et passait les premières journées cachée sous le lit. Son écuelle était vide le matin, ce qui nous avait vite rassuré. Et un jour, elle avait montré le bout de son nez.
La voici, telle qu'elle était, à cette époque.


... J'espère que là où tu es, tu peux dormir sur la couette.
Miaou miaou.

